vendredi 20 juin 2008

POUR EN FINIR AVEC LE VIEUX SOCIALISME



Pour en finir avec le vieux socialisme…De façon pas piquée des hannetons !

Voilà un livre politique qui, en dépit de son titre, n’a rien du poncif…Étonnant, pour le moins. Pour en finir avec le vieux socialisme…Et être enfin de gauche !, l’entretien de Manuel Valls avec le journaliste politique Claude Askolovitch, publié aux éditions Robert Laffont, est quelque peu… atypique ! 

Prenons d’abord la forme. Dans ce livre, messieurs Valls et Askolovitch se tutoient ; une façon d’en finir avec l’hypocrisie habituelle, qui consiste à être proches, intimes parfois, hors caméra, et à servir du « vous » à tour de bras devant les téléspectateurs, en l’occurrence, les lecteurs. Les deux hommes se connaissent depuis longtemps et l’on apprécie cet état de fait. Pourquoi ? Élémentaire mon cher citoyen, parce qu’à un ami, on sert difficilement de la langue de bois, au risque de se retrouver raillé dans la minute, ce que Claude Askolovitch ne se prive pas de faire, parfois. L’avertissement est donné, d’entrée, par les comparses : « Nous nous connaissons depuis vingt-six ans, sommes amis dans la vraie vie, ce qui n’empêche ni les désaccords, ni les engueulades, ni d’ailleurs les convergences et les complicités ». 
Et du fond…Qu’en dire ? Le pire et le meilleur. Rien de neuf sous le soleil rose, crépusculaire peut-être mais pas tout à fait couchant, des socialistes. Le député-maire d’Évry est de gauche car, depuis l’enfance, la droite lui a été désignée comme le mal incarné. Alors tout peut vriller dans la mécanique socialiste, cette chose-là ne peut pas changer (Rien à voir avec monsieur Eric Besson donc, dont le même Claude Askolovitch avait, également, été le confesseur). 
Pourtant, et c’est là que ça devient intéressant, Manuel Valls reconnaît qu’il faut tout remettre à plat. Tout détruire pour tout reconstruire. Même le nom…Socialiste, c’est dépassé ! D’aucun aurait peut-être dit vieilli, usé, fatigué, mais c’était un autre temps. Royal aussi, dépassée. Celle qu’il a pourtant soutenue, fût un temps, en prend pour son grade « C’était un one shot. C’est raté ». Valls n’est pas un réparateur, ni un colmateur, c’est un bâtisseur. Un blairiste dans l’âme, dans la technique tout du moins. Cassons tout, déblayons, et reprenons le chantier à zéro . Il n’est pas le seul, mais ses propositions pour ce faire ont le mérite de tenir la route…Parfois. Car détruire d’accord, mais quoi reconstruire sur les gravas ? Et c’est là que le bât blesse malgré tout. Valls propose plus que Dray, Moscovici et consorts ; mais plus que rien ça continue de faire pas grand-chose. Quand il dit qu’il faut allonger la durée de cotisation pour sauver le régime des retraites, force est de constater qu’il ne révolutionne pas la roue. Et, lorsqu’il veut réconcilier la gauche et le monde de l’entreprise, il enfonce, jusqu’au bout, des portes déjà grandes ouvertes. Mais ça sonne juste, convaincu, et parfois même convaincant, ce qui est déjà méritoire. 
Son modèle, c’est SarkoBlair… Pas vraiment de gauche tout ça, mais qu’importe. Notre actuel président a su « ré-identifier la droite », Valls veut être celui qui va « ré-identifier la gauche ». Les idées de Monsieur Valls tiennent néanmoins la route. L’ensemble reste prometteur. En politique, on reste jeune longtemps…
Tristane Banon

Manuel Valls. Pour en finir avec le vieux socialisme…Et être enfin de gauche ! Entretiens avec Claude Askolovitch, Éditions Robert Laffont. 198 pages, 19 euros.

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